« J’ai mal, je suis raide, je suis raqué… » Mais qu’est-ce que ça veut vraiment dire?

« J’ai mal. »
Quelques mots qui disent beaucoup… et presque rien à la fois.
La douleur est probablement l’un des symptômes les plus universels lorsqu’une personne consulte pour une problématique musculo-articulaire. Un cou douloureux, une épaule douloureuse, un bas du dos douloureux, un genou douloureux… La douleur nous indique que quelque chose mérite notre attention.
Mais elle ne nous dit pas nécessairement ce qui se passe.

C’est pourquoi je propose parfois un petit exercice à mes clients :
« Je t’enlève le mot douleur de ton vocabulaire. Maintenant, décris-moi ce que tu ressens. »
Et soudainement, le vocabulaire change.
« Ça tire. »
« Ça brûle. »
« Ça pince. »
« Ça élance. »
« Ça serre. »
« C’est lourd. »
« Ça accroche quand je bouge. »
« Je suis raide. »
« J’ai comme un nœud. »
Voilà qui commence à être beaucoup plus intéressant.
Douleur, tension, raideur… ce n’est pas tout à fait la même chose
Dans le langage courant, nous utilisons plusieurs mots pour parler de ce que nous ressentons dans notre corps. Ils sont utiles pour communiquer, mais ils ne sont pas nécessairement interchangeables.

La douleur est avant tout une expérience ressentie. Elle peut être influencée par ce qui se passe dans les tissus, mais également par une multitude d’autres facteurs. Son intensité, à elle seule, ne permet donc pas de déterminer précisément ce qui se cache derrière.
Une tension est souvent décrite comme une sensation de muscle tendu, serré ou qui semble avoir de la difficulté à relâcher. Elle peut également être constatée au toucher lorsqu’une région paraît particulièrement ferme.
La raideur évoque davantage une impression de manque de souplesse ou de liberté de mouvement. On peut se sentir raide en se levant le matin, après être demeuré longtemps dans une même position ou lorsqu’on reprend certains mouvements.
Et puis il y a le fameux « nœud musculaire ». Non, votre muscle n’a pas réellement fait un nœud sur lui-même. L’expression décrit généralement une petite région particulièrement sensible ou ferme que l’on perçoit dans un muscle. Elle est tellement évocatrice qu’elle s’est installée dans notre vocabulaire, même si la réalité physiologique derrière ce que nous appelons un « nœud » est beaucoup plus complexe.

« Je suis raqué! »
Voilà une expression bien de chez nous!
Après une activité physique inhabituelle ou particulièrement exigeante, les muscles peuvent devenir sensibles, douloureux ou raides dans les heures qui suivent. Ce sont les fameuses courbatures qui apparaissent après l’effort.
Mais être raqué n’est pas synonyme d’avoir des muscles tendus depuis un certain temps. Et surtout, être raqué n’est pas une preuve qu’un entraînement était meilleur ou plus efficace.
C’est une distinction que je rencontre régulièrement en clinique.
Lorsque je fais remarquer à quelqu’un qu’une région est particulièrement tendue, j’entends parfois : « Ah oui! C’est normal, j’ai entraîné ça aujourd’hui. » L’activité du jour peut évidemment influencer ce que l’on ressent. Mais ce que l’on observe aujourd’hui ne s’est pas nécessairement installé aujourd’hui.
Nos habitudes de mouvement, les gestes répétitifs, les positions maintenues longtemps, notre entraînement, notre récupération et simplement notre quotidien peuvent contribuer, avec le temps, aux tensions que nous ressentons. Et lorsque celles-ci s’installent progressivement, nous pouvons finir par nous y habituer.
Un muscle fort n’a pas besoin d’être dur
C’est une croyance que j’aime bien remettre en question. Un muscle très fort n’a aucune raison d’être constamment dur simplement parce qu’il est fort.

Au repos, un muscle en santé est détendu, souple et relativement mou. Lorsqu’il se contracte, il devient plus ferme.
Cela paraît évident lorsqu’on le dit ainsi. Pourtant, certaines personnes sont étonnées de découvrir à quel point elles se sont habituées à sentir certains muscles constamment fermes ou tendus.
« Mes trapèzes ont toujours été comme ça. »
Justement.
Lorsque notre corps nous accompagne tous les jours, il est difficile d’avoir un point de comparaison. Une sensation présente depuis longtemps peut finir par devenir notre définition personnelle de ce qui est « normal ».
Et la contracture dans tout ça?
Le mot contracture est souvent utilisé dans le langage courant comme synonyme d’une grosse tension musculaire. Pourtant, il décrit quelque chose de plus précis : un muscle, ou une partie de celui-ci, qui demeure involontairement contracté et qui ne retrouve pas facilement son état de relâchement habituel.
Toutes les tensions, toutes les raideurs et tous les « nœuds » ne sont donc pas automatiquement des contractures.
Même chose pour le spasme, qui correspond à une contraction musculaire involontaire et soudaine. Les mots peuvent sembler proches, mais ils ne décrivent pas exactement le même phénomène.
C’est une bonne raison de ne pas tirer trop rapidement de conclusions à partir d’une sensation : les mots que nous utilisons décrivent souvent très bien ce que nous ressentons, mais beaucoup moins bien pourquoi nous le ressentons.
Apprendre à mieux décrire ce que l’on ressent
Vous n’avez pas besoin de connaître tous les termes médicaux pour bien parler de ce que vous ressentez.

Au contraire. Si quelque chose vous fait mal, essayez le même exercice que je propose parfois en clinique : Enlevez temporairement le mot douleur de votre vocabulaire.
Qu’est-ce que vous ressentez?
Est-ce que ça tire?
Est-ce que ça brûle?
Est-ce que ça serre?
Est-ce une sensation de lourdeur?
Est-ce sensible au toucher?
Est-ce présent au repos ou seulement dans certains mouvements?
Est-ce que la sensation demeure au même endroit ou se déplace?
Depuis quand est-elle présente?
Qu’est-ce qui l’améliore ou l’aggrave?
Vous venez de donner beaucoup plus d’informations que simplement : « J’ai mal ».
Quand Google et l’intelligence artificielle s’en mêlent
Aujourd’hui, lorsqu’une sensation nous inquiète, un autre réflexe est devenu presque automatique : chercher sur Internet ou demander à une intelligence artificielle ce que nous avons.

Ces outils peuvent être très utiles pour obtenir de l’information, comprendre certains termes et nous aider à formuler nos questions. Ils ont toutefois une limite importante : ils ne connaissent pas réellement ce que vous vivez.
Ils travaillent à partir des informations que vous leur fournissez et peuvent vous présenter une multitude de possibilités, des plus banales aux plus inquiétantes. Une douleur à l’épaule peut alors rapidement devenir une « toutalgie » et, quelques recherches plus tard, nous voilà rendus à envisager le pire scénario possible.
Lorsque des symptômes persistent, évoluent, vous inquiètent ou nuisent à vos activités, un professionnel du domaine de la santé pourra vous aider à mieux comprendre ce que vous vivez et vous accompagner vers un meilleur équilibre corporel. Il pourra également vous guider et vous orienter vers une autre ressource lorsque la situation le nécessite.
Internet et l’intelligence artificielle peuvent vous donner de l’information. Ils ne remplacent pas le regard, l’écoute et l’accompagnement d’un professionnel.
La douleur dit tout… et rien à la fois
Elle dit tout, parce qu’elle nous avertit que quelque chose mérite notre attention et qu’elle peut accompagner une multitude de problématiques musculo-articulaires.
Elle dit aussi presque rien, parce qu’à elle seule, elle ne nous explique pas ce qui se cache derrière ce que nous ressentons.
Alors, la prochaine fois que votre corps vous dira « j’ai mal », essayez de lui poser une deuxième question : « D’accord… mais qu’est-ce que je ressens vraiment? »
Normand-Jimmy Gamache, massothérapeute clinicien expert certifié MQ
Clinique Halte-Mieux-être




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